
Eldridge Mohammadou est né le 15 janvier 1930 à Garoua d’une mère peule et d’un père britannique. Il a été administrateur et responsable dans plusieurs services centraux au Cameroun (cadre au Ministère des finances et des affaires étrangères (1960-1961), chef de
cabinet du vice-président de la république fédérale du Cameroun (1962-1963)…). Sa passion dans la reconstitution de l’histoire des peuples camerounais a fait de ce dernier l’un des pères de l’histoire du peuplement du Cameroun. Nous pensons que son expérience
professionnelle et ses aptitudes linguistiques qui ont fait de lui une véritable symbiose entre une culture peule-camerounaise et les cultures gothique-allemande, française et britannique de l’occident, ont favorablement cultivé cette passion d’Eldridge sur les questions de l’histoire du peuplement au Cameroun. Il a donc pu par ces aptitudes mettre à la disposition du public un ensemble de rapports coloniaux allemands, français, britanniques et un important recueil des traditions orales des peuples du Cameroun
septentrional et central qu’il a consigné dans ses multiples publications. Eldridge Mohammadou a accordé une place capitale aux migrations expansionnistes des BaareTchamba.
Depuis les origines de ce peuple composite, il a reconstitué l’histoire des peuples qui
composent ce groupe. À travers l’exploitation des recueils des traditions orales des peuples du septentrion et du centre Cameroun, il a repeint les séquences de migrations de ces peuples jusqu’au frontières de la RCA, du Congo Brazzaville et du Gabon. Il s’agit d’une migration définitive et ponctuée de conquêtes, de razzias, d’esclavagisme, de déconstruction et de reconstruction…
L’une des conclusions d’Eldridge après cette grande expérience sur l’étude du passé des peuples qui occupent le Cameroun est ; je le cite : Aucune des composantes ethniques de ce pays ne peut se targuer d’avoir été toujours là : toutes, sans exception, ont été a un moment ou à un autre du passé, d’une provenance extérieure au triangle géopolitique que constitue le Cameroun d’aujourd’hui. Cette conclusion nous plonge dans les débats actuels au Cameroun sur les notions de citoyenneté, de communautarisme, de vivre ensemble, de tribalisme… Elle nous enseigne que le rétroviseur historique s’impose comme un repère important dans la construction d’un véritable vivre ensemble. Eldridge Mohammadou n’a pas pu former des disciples au Cameroun parce que reproché de ne pas être lui aussi disciple d’un maitre. Mais tout au moins il a laissé des disciples au Nigeria ou il a exercé comme enseignant à l’Université de Maidougouri : c’est l’Afrique qui gagne. Il a laissé surtout un important patrimoine écrit qui même après son décès continue de forger les spécialistes de l’histoire et de la sociologie du peuplement au Cameroun. Il nous a quittés le 18 février 2004 en laissant à la communauté scientifique près de 13 ouvrages et 22 articles scientifique publiés, une véritable moisson sur l’histoire des peuples camerounais. En ce jour de commémoration de la mort de ce vaillant chercheur indépendant, la Fondation BaareTchamba lui souhaite un paisible repos éternel
Martin Donlefack
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